#2. Galerie de portraits. Joé, ce héros.

7/09/22 | Journal de bord | 0 commentaires

Votre brancard est avancé Mme Fluet ! 1,2, 3 … Laissez-vous glisser et tout ira bien. Le jeune homme, qui répond au prénom de Joé, cheveux hisurtes, tee-shirt de saison à l’effigie de ses chères antilles, plastron blanc grand ouvert, geste précis, coince habilement les deux bouteilles reliées à Cikkatriss qui vont lui permettre d’évacuer toute sa bile pendant quarante-huit heures au moins.

 « Tout est en place, on y go ? », je me cale maladroitement sur ce tapis volant en laissant derrière moi une salle de réveil devenue, en cette fin de journée, soudainement calme et presque vide. Cikkatriss est fragile et ne supporte pas les soubresauts, je lance furtivement à mon chevalier masqué « pas trop vite pour le rapatriement ».

Ma demande aura été peu entendue. Il est vrai que je ne sais pas que la suppression de personnel conduit à faire plus de rotation brancards avec moins d’agents et qu’il faut aller vite toujours plus vite, citius, altius fortius. – Certes, mais si vous pouviez ralentir dans les tournants, jeune homme vous me faites tourner la tête.

 – Que les cadences chambre-bloc-salle de réveil, salle de réveil-bloc-chambre s’enchaînent dès l’aube à un rythme infernal pour les brigades, compte tenu de l’explosion du nombre d’entrants. – Ma chambre est encore loin ? ils sont interminables et blafards ces couloirs d’hôpitaux, s’étonne Cikkatriss sagement blottie dans son corset tout au long du voyage.

La faute à la P2A, enfin à la T2A qui casse tout, sape tout, prière de compter recompter les actes sans compter les efforts humains. – Après l’ascenseur on arrive enfin ?  Décidément, cette journée s’étire sur toute sa longueur.

Le débit et le pas de Joé, mon brancardier d’un jour, se ralentissent désormais. Nous arrivons au 5e. Je retrouve ma chambre quittée ce matin. Je ne suis plus la même, Cikkatriss est entrée dans ma vie et va m’aider à en construire une nouvelle. Mon brancardier s’est apaisé, il me place délicatement sur mon lit d’accueil, réajuste son plastron et cède la place aux infirmières du soir. Le bip sonne, il lui faut déjà repartir vers une autre mission.

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Rose Cikkatriss