Nous y voilà enfin !
Je suis en apesanteur, une lumière blanche m’éblouit, j’ai quitté la terre et ses souffrances pour un autre monde, quel soulagement. Cela signifie que mes dernières volontés ont été lues et respectées : « surtout pas de réanimation inutile, de tubes dans tous les sens, accepter sans mot dire le destin et ses caprices, et renoncer au brouillon de la vie ». Mais un détail cloche … les chapeaux, depuis quand les saints portent-ils des chapeaux bleus ?
Un chapeau bleu s’approche de moi et me lance d’un air désabusé :
« Mme Fluet je vous l’ai déjà dit, on RES-PI-RE, vous faites biper le monitoring dans toute la salle de réveil ».
Le retour sur terre est vertigineux, sans appel
On s’agite autour de moi, d’autres lits, d’autres retours de bloc. Je distingue à peine les prénoms dans ce ballet de blouses, c’est donc « la petite brunette » qui m’apporte un verre d’eau salvateur après des heures à jeun. Je reviens doucement à la vie, je reprends mon souffle après une anesthésie en béton armé qui me maintient durablement allongée.
Je ne la sens pas, pourtant elle est bien là, cette Cikkatriss qui résulte de mon opération. Recouverte d’un drap, et je le découvrirai plus tard, emmitouflée dans un solide corset, elle voit tout et entend tout. Cela fait maintenant des heures qu’on prend soin d’elle, à vérifier son environnement et les constantes qui la sécurisent, pas trop chaud, pas trop froid, pas trop vite. L’heure tourne et les équipes aussi, et il leur faut passer les consignes, avant de quitter le front pour un repos bien mérité.
Bien qu’engourdie par la morphine, Cikkatriss écoute attentivement les échanges : « Pour mme Fluet, je me résume, c’est tout bon, on peut envisager un retour en chambre, et on reste focus sur le sein opéré, le sein droit. »
Non !!! je me surprends à réagir dans un souffle, poussée par l’indignation de Cikkatriss, c’est le sein GAU-CHE, le GAU-CHE.
Soudain un ange passe dans la salle. Les internes forment spontanément un pack d’humanité et de bienveillance autour de la blouse bleue déboussolée. Elle est invitée à prendre un verre d’eau en salle de repos, pour ne plus revenir.
Vous voulez connaître la suite ? Dites-le moi en commentaire !)
création du blog 01 10 2022






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