#5. Passion au bloc. đź’–

1/01/25 | Journal de bord | 0 commentaires

Cikkatriss s’agite dans son corset, je ne saisis pas le sens de ce remue-mĂ©nage.  Â« Eh bien, je n’ai pas envie de me montrer, la lumière du jour m’indispose, c’est trop tĂ´t Â» gĂ©mit-elle.

Dans un ultime effort, je me redresse, soutenue par mon fidèle oreiller.

Je reconnais la chirurgienne, qui vient faire sa visite post-opĂ©ratoire.

Sneakers blanches surmontées de petits lacets, jean slim, bleu délavé, rappellent les années lycées, et la précocité de l’intéressée.

Elle aura fait la fierté de ses parents, de sa famille, et suscité l’étonnement de ses professeurs, puis de ses maîtres de stages pour en arriver là, et accomplir sa passion.

On dit d’elle, qu’elle est l’une des plus douée de sa génération.

Sa blouse blanche est ajustĂ©e, comme elle l’a pu l’être, quand elle est entrĂ©e, hier matin au bloc opĂ©ratoire, sur ses petits sabots, les cheveux relevĂ©s.

Ce dernier détail n’a pas échappé à son collègue anesthésiste-réanimateur, le Docteur Nicomède dit Nico, qui se prend à rêver une nanoseconde, mais elle, se tient à l’écart et lui tourne le dos, concentrée sur le geste à faire.

Lui, Il n’a pas osĂ© raconter sa rĂ©cente mission de renfort Covid, au CHU de l’île de la RĂ©union ; il s’est ravisĂ© quand il a voulu envoyer un SMS,

Save My Soul,

comme une bouteille Ă  la mer, un phare dans la nuit.  

Deux mois, pour mettre de la distance, braver les mers, prendre le large vers des rivages lointains, et continuer Ă  se rendre utile.

Que de vies préservées ou sauvées in extrémis, mais ses exploits font de lui, ici et maintenant, dans ce bloc, un héros anonyme.

Il sait pourtant qu’ils forment un duo indissociable, une alliance, portée au service du patient. Evidemment, pour le docteur Nico, ça ne fait pas de doute, mais …

« ĂŞtre Ă  deux, c’est pas donnĂ©. »  

Le bloc opératoire, c’est son cocon, sa bulle, sa raison d’être. Docteur Ariane, elle s’y sent bien, au milieu d’un orchestre, où chacun est transformé pour accomplir la partition jusqu’à la coda.

Attendre que l’une des infirmières de bloc place le champ sur l’abdomen de la patiente, puis redessiner en pointillĂ© la zone d’intervention, d’un cercle au-dessus du grand pectoral, cĂ´tĂ© gauche ; procĂ©der Ă  l’opĂ©ration, puis placer la prothèse anatomique, refermer l’incision, comme on tire un trait sur un passĂ© qui pourrait priver d’avenir.

Clap de fin.

Le lendemain, la visite post-opĂ©ratoire de la chirurgienne est brève mais exhaustive, le temps de lui permettre de vĂ©rifier que tout va bien, et de rĂ©diger un compte-rendu.

Les observations se succèdent, Cikkatriss, tu es une courbe demi-lune, fine, qui avec le temps Ă©voluera au grĂ© de ton mode de vie. Il te faudra prĂ©fĂ©rer la neige rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, Ă  l’exposition au soleil indien. Le parcours nordique fait de douches froides, Ă  la douceur des alizĂ©s !

Mais auparavant, tu seras maintenue dans un corset renforcĂ© pendant plusieurs semaines, nuits et jours. Cikkatriss Ă©coute,

recouvrer la santé, pense-t-elle, mérite bien quelques efforts.

Dédicace de l’anesthésiste-réanimateur, rêveur :

https://youtu.be/duo au bloc

Ennio Morricone, « Le Vent, Le Cri. » Vidéo : Figure Skating.

pour découvrir la suite du journal de bord :

🚀 il vous suffit de m’envoyer un mail Ă  : voilacikka@gmail.com avec le mot clĂ© : JDB

A bientĂ´t !

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Rose Cikkatriss