« Des rêves à soulever ! »
Au petit matin, je m’éveille à peine quand Cikkatriss distingue sur la porte une ombre chinoise qui danse dans l’antichambre. Une silhouette apparaît, généreuse avec un large sourire. Zeta la femme de ménage ou plus exactement « l’agent des services hospitaliers qualifiés » commence sa journée.
Elle me salue, puis prend aussitôt possession de la salle de bain qu’elle brique énergiquement. Cette tâche achevée, elle s’affaire dans les moindres recoins de la chambre pour traquer les parasites avec sa lingette, au parfum lavande des champs. « Comment tu t’appelles ? – me demande-t-elle sans cesser de s’activer.
Loin de m’en offusquer, je vois dans ce tutoiement accéléré, une marque de confiance et d’estime. Je décline donc mon identité et découvre la sienne en retour.
– Pourquoi tu es là ? poursuit-elle en désinfectant les poignées de porte. Cette question directe, sans fard fait frémir Cikkatriss. Il va falloir nommer, affronter le séisme qui m’a secoué à l’annonce de la maladie, laissant un monde perdu, celui de l’avant et un autre à découvrir, l’après.
-Tu sais, me confie-t-elle les yeux fixés sur sa lingette, ma belle-soeur aussi, ça lui est arrivé, mais elle a dû attendre un an pour avoir une reconstruction, ça n’a pas pu être immédiat. Dans cet aveu, je réalise confusément que ma maladie n’a pas tout emporté, Cikkatriss en est le témoin, nouvelle gardienne de ma féminité.
Alors qu’elle replace le bidon de gel hydroalcoolique sur son socle, Zeta est prise d’un rictus de douleur, encore ces TMS qui me font souffrir soupire-t-elle en massant son poignet, là au niveau du canal carpien, et en s’adossant au mur. Pourtant, je me suis arrêtée trois semaines, repos total, je ne vais pas m’épuiser à la tâche, la santé et ma famille d’abord.
– Et bien, tu sais ce qu’elle m’a dit ma collègue à mon retour, que je l’avais laissée toute seule, que j’étais « qu’une tire-au-flanc », une payée-à-rien-faire, une chaise- longue- à- domicile, une porte-chandelle ;
– Je lui ai répondu que c’était elle l’inconsciente, s’épuiser à la tâche, sans remplaçante, sans un merci, de janvier à décembre, et puis quoi encore ! Quand tout ira mieux, moi, je vais préparer l’examen d’aide-soignante, mes enfants continueront à être fiers de leur mère. Et puis j’aurai ma petite affaire, en libérale, plus de collègues, plus de patrons, adieu la cour de récréation ! »
A l’écoute de ce vibrant plaidoyer agrémenté d’un langage fleuri, mon thorax est pris d’une émotion insaisissable, il se crispe, je ne sais plus si je dois rire ou pleurer quand, face à cette situation inextricable, Cikkatriss toujours à l’affût, entend frapper à la porte.
💜 Pour toutes les Zeta qui ont des rêves à soulever ! 💜
Soprano, le coach






0 commentaires